Chine : émeutes au Xinjiang et guerre de l'information?
Depuis dimanche 5 juillet 2009 des affrontements sanglants réprimés par la force par les autorités de Pékin agitent la province de Xinjiang. La tension, permanente depuis 1948 entre le gouvernement de Pékin et cette province, est même ancrée dans l'histoire de la Chine (http://www.lexpress.fr/actualite/monde/asie/pour-pekin-le-xinjiang-est-plus-dangereux-que-le-tibet_772682.html). Les émeutes qui ont fait des centaines de victimes en ce début juillet ont opposé les communautés musulmanes (Uighurs) et hans. L'une des origines de la flambée de violence de cette semaine serait la mort de deux Uighurs survenue le mois dernier au cours d'un affrontement entre ouvriers des communautés Uighur et Han (information BBC News reprise sur http://club.pchome.net/topic_1_15_3804013.html) à Guangdong. Mais était-ce là la vraie raison ou seulement un prétexte, une étincelle? La révolte n'a-t-elle pas d'autres origines, économiques notamment (http://china.globaltimes.cn/society/2009-07/443396.html)?
Au rang des incidents les plus violents dans la région au cours de ces derniers mois, rappelons l'attaque armée qui coûta la vie à 16 policiers chinois dans la ville de Kashi début août 2008, ou encore celle qui coûta la vie à 3 policiers fin août 2008 (http://abcnews.go.com/International/wireStory?id=5673592), etc. La menace terroriste est d'autre part omniprésente dans cette région : la menace du mouvement terroriste "East Turkistan Islamic Movement" planait sur la Chine à la veille des Jeux Olympiques. La police de Xinjiang aurait alors arrêté 82 personnes appartenant à 5 groupes terroristes au cours du premier semestrre 2008. Le conseil d'Etat chinois a publié en 2002 un rapport sur le terrorisme dans cette province qui recensait 162 tués et 440 blessés dus à des actions terroristes depuis 1990. La province est notamment, rappelons-le, frontalière de l'Inde, du Pakistan, de l'Afghanistan. Dans le contexte post 11 septembre 2001, la province est vue comme le berceau de terroristes Uighurs liés à Al-Qaeda (http://www.ccc.nps.navy.mil/si/sept02/eastAsia.asp). La guerre chinoise contre le terrorisme s'est ainsi focalisée depuis 2001 sur la province du Xinjiang, lutte ponctuée de petites victoires (5 janvier 2009, démantèlement d'un camp de terroristes. http://www.chine-informations.com/actualite/chine-pekin-annonce-le-demantelement-un-camp-terroriste-dans-le-xinjiang_5791.html)
Certains affirment que la situation est encore plus tendue au Xinjiang qu'au Tibet, même si elle est beaucoup moins médiatisée. Les risques d'insurrection dans cette province, ont été le prétexte à une politique de répression menée par Pékin depuis 2001 dans le cadre de la lutte anti-terrorisme.
Rappelons que pour Pékin toute velleité insurrectionnelle représente une menace majeure pour l'unité du pays, et de fait l'une des menaces que les autorités se doivent de contrer, affronter. Selon les autorités chinoises cette révolte de juillet 2009 serait fomentée et dirigée par le groupe séparatiste World Uyghur Congress, dont le leader est Rebiya Kadeer (http://china.globaltimes.cn/society/2009-07/443396.html) exilée ouïgoure nominée pour le prix Nobel de la paix en 2006 (http://www.chine-informations.com/actualite/chine-pekin-annonce-le-demantelement-un-camp-terroriste-dans-le-xinjiang_5791.html). Selon la police chinoise le mouvement de rébellion aurait été dirigé depuis l'étranger (http://blogadmin.romandie.com/admin.php?op=editPost&postId=161408)
La médiatisation internationale sera probablement de peu d'effet sur l'attitude des autorités de Pékin dans cette affaire, car leur action est légitimée, selon elles, par la lutte anti-terroriste, la préservation de l'unité nationale.
La médiatisation des affrontements va prendre, comme c'est désormais l'usage courant, le chemin des sites internet d'information, des sites personnels (http://twitter.com/heicailiao, http://twitter.com/melissakchan...), des blogs, des plates-formes d'échanges, des communautés virtuelles, des téléphones portables, tout autant que de la presse écrite ou radio-télévisée traditionnelle.
Des vidéos circuleront rapidement, montrant les violences de part et d'autre. Des images seront publiées, qui montreront les dégats provoqués par les émeutes. Parfois on retrouvera, comme c'est souvent le cas, des images que l'on n'aura pas pris le temps de valider et qui seront sans rapport avec les évènements en cours ("Several popular sites showed images claiming to be from the riots -- including one of a badly-mutilated body whose head had been almost hacked off. Reuters has not been able to verify the authenticity of the pictures, many of which, like the one of the dead body, were removed after only a short time on the Internet". http://www.itbusinessnet.com/articles/viewarticle.jsp?id=791423)
Peut-être verrons-nous aussi des appels à "représailles", mêlés aux expressions de colère, contre les sites des autorités chinoises ou autres acteurs impliqués dans les émeutes et leur règlement violent, sous l'effet de l'action conjuguée de membres des diasporas, de sympathisants à la cause du "faible", de mouvements religieux (car ce qui semble en jeu dans ces émeutes est l'opposition entre chinois musulmans et chinois hans), de communautés d'horizons divers promptes à dégainer dès lors qu'il s'agit de tirer sur des sites officiels (les slogans de défense de la démocratie et des droits de l'homme étant même pour certains davantage un prétexte que des valeurs réelles à porter).
D'ici quelques jours on annoncera peut-être encore des attaques de type DDoS contre des sites chinois et musulmans. Quelques jours après la rédaction de cet article (6 juillet), on annonce que des hackers chinois (hacktivistes ou hackers nationalistes?) auraient attaqué le site internet de l'ambassade de Turquie à Pékin (15 juillet 2009. http://www.secuobs.com/revue/news/120697.shtml et http://www.hackinthebox.org/index.php?name=News&file=article&sid=32286), après que la Turquie ait qualifié de génocide la violence edthnique au Xinjiang. Quelques jours plus tôt le groupe de hackers turcs 'Ay Yildiz Team' s'en est pris à des sites basés en Chine. Rappelons que ce groupe avait déjà fait la une en juillet 2008 grâce à un article du magazine German Focus : dans cet article il était dit que le groupe Ay Yildiz Team avait piraté les systèmes de la Commission européenne et tenté de dérober des informations sensibles (http://en.apa.az/news.php?id=52032).
On parlera probablement aussi de tentatives de musellement de l'expression de l'insurrection par des actions de type guerre de l'information menées par les autorités chinoises :
* les autorités chinoises auraient déjà coupé depuis dimanche les connexions à Internet dans la province de Xinjiang (http://www.computerworld.com.au/videoview/310134).
* nombre de sites seraient inaccessibles depuis Pékin : les sites des titres de presse Xinjiang Daily (新疆日报 http://www.xjdaily.com/), Xinjiang Metropolis Daily (新疆都市报: http://epaper.xjts.cn/), Xinjiang Legal Daily (新疆法制报: http://www.xjfzb.com/xjfzbindex.asp), Morning Post (新疆都市消费晨报: http://epaper.168cb.com/) et des portails d'information comme iYaxin (亚心网: http://www.iyaxin.com/) ou Tianshan (新疆新闻总汇: http://www.tianshannet.com/) (tous ces sites sont énumérés dans l'article "Reporting in Xinjiang" publié sur http://www.danwei.org/ le 7 juillet 2009).
* "China tightens Web screws after Xinjiang riot" (http://www.itbusinessnet.com/articles/viewarticle.jsp?id=791423). Depuis dimanche 5 juillet Twitter serait inaccessible en Chine, d'autres outils seraient censurés (la recherche sur des mots clefs comme Urumqi, Xinjiang, ne donnerait aucun résultat sur Fanfou.com), les sites internet de la ville de Urumqi et de la région de Xinjiang seraient indisponibles, des contenus auraient été effacés de certains sites (des commentaires postés sur le bulletin pchome.net auraient été remplacés par la phrase This posting does not exist)
Questions :
* la manifestation de l'opinion internationale sur le web, quand bien même prendrait-elle la forme d'une vague mondiale de protestation ou de soutien à une cause, a-t-elle un impact décisif sur le déroulement et l'issue des crises ou des conflits? Ici rapporter les violences, les dénoncer, les observer, nous permet en tant que citoyens du monde, informés, de savoir ce qui se passe à l'autre bout de la planète. Bien. Mais au-delà de ce constat, l'expression même massive d'opinions publiques peut-elle influer sur l'attitude des gouvernants et des acteurs de ces manifestations de violences, tous partis confondus? Ne nous intéressons pas ici à la question de savoir qui a tort ou raison, qui est l'oppresseur et qui est l'opprimé, mais juste de savoir si la diffusion de vidéos sur le web, de messages de dénonciation ou de soutien, et des attaques informatiques (piratage, pour résumer!) peuvent influer sur le cours des évènements.
* quel est l'impact de l'usage de ces outils que l'on qualifie parfois d'"anticensure"? (http://www.net-stream.fr/Net/Acteurs-du-Net/Chine-Twitter-et-YouTube-medias-anticensure-face-aux-violences-du-Xinjiang_21_201__70960.html)
* N'y a-t-il pas trop de causes à défendre? Les hackers justiciers ont-ils eux-mêmes les moyens de suivre le rythme imposé par la succession des évènements?
* l'opinion internationale n'est pas mobilisable sur le long terme autour d'un même sujet. Il n'est que voir les courbes proposées sur Google Trends ou Alexa.com pour s'en convaincre. L'opinion internationale "papillonne", d'un sujet à l'autre, portée par les évènements. De là à dire qu'elle a le pouvoir d'en influencer le cours, il y a de toute évidence un pas difficile à franchir.
* le relais dans l'opinion internationale des images des violences Uighures va-t-il jouer en faveur de la reconnaissance et de la défense des raisons de cette violence (la défense d'une identité?) La violence va-t-elle être légitimiée et la force employée par les autorités chinoises ne va-t-elle pas de nouveau être utilisée contre Pékin, renforçant la communauté Uighur dans un rôle de victime face à un pouvoir central fort et sourd aux revendications de séparatisme? Que peut gagner la défense d'une identité, en supposant que cela soit la raison des émeutes, dans le relai médiatique international?
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06 Juillet 2009 à 23:21 dans
- Information générale / News

